Quoi qu'il en soit, traditions et légendes s'accordent pour dire que la ruine de la cité entraîna l'exode de ses habitants (première moitié du XIVe siècle). Les gens émigrés s'installèrent d'abord par leff à proximité de Tata, aux dépens des Aït Tzoullite qui s'y trouvaient et furent par suite totalement évincés.
Exode des Ida Oukennsouss
Selon les Ida Oukennsouss, Abd el-Ouahad ben Ali ben Aïsa - le citoyen de Tamdoult qui n'avait que des filles et avait fait appel au Cheikh des Mejjate pour le venger- était leur ancêtre. Bien que vengé, il n'en dut par moins lui aussi s'expatrier avec sa famille et ses compagnons; ils se réfugièrent d'abord à Tata sur un piton nommé Isk n Inouar « Le Pic de l'Aigle». Puis ils s'installèrent dans la vallée de l'Assif Ilemguerte et les environs d'Irherm où ils se trouvent actuellement.
Exode des Issaffene
Un autre groupe d'habitants de Tamdoult, les Issaffene, se dispersèrent vers le Nord-Nord-Ouest et se fixèrent dans la région qu'ils occupent aujourd'hui.
Exode des Ida Oultite
Sidi Zouzal el-Gazouli -ancêtre des tribus Ida Oultite (Ida Oubaâqil, Ida Ouguersmouk, Ida Ousemlal)- aurait quitté Tamdoult après la destruction de la cité. Il serait l'arrière-grand-père de Sidi Ahmed ou Moussa, le plus grand des mystiques, et l'ancêtre de la dynastie de Tazeroualt.
Sidi Zouzal se serait d'abord fixé chez les Ida Ouguersmouk ainsi que son fils Sidi Driss. Son petit fils, Sidi Moussa ou Driss, s'installa chez les Ida Ousemlal à Bou Mérouane. C'est là que naquit Sidi Ahmed ou Moussa vers 1460. Sidi Ahmed ou Moussa est un personnage légendaire mais c'est aussi un personnage historique. Si l'on admet que c'est son bisaïeul qui a pu être contraint de quitter Tamdoult; cela tendrait à situer la destruction de la ville au XIVe siècle -peut être vers le milieu du siècle- ce qui pourrait correspondre approximativement aux diverses indications qui ont été réunies.
Exode des Ilalene
Enfin, les Ilalene eux-mêmes conservent les traditions d'avoir jadis quitté Tamdoult après que Mohammed Ou Ali Amensag s'en fut emparé; leur groupe forme aujourd'hui un bloc important et compact sur le versant nord de l'Anti-Atlas, au Nord-Ouest du centre administratif d'Irherm. C'est justement de cette zone que parle Léon l'Africain lorsqu'il décrit la montagne des Ilalene, voyons donc comment les traditions rapportent qu'ils y sont venus. Quittant Tamdoult et s'enfuyant vers le Nord, les Ilalene s'installent d'abord dans la vallée des Issaffene de Tizgui n Ida Oubaloul. Une épidémie de peste survient peu d'années après, si meurtrière que dans les cimetières il y a dit-on sept sépultures superposées. Fuyant le fléau, les survivants poursuivent leur exode vers le Nord, atteignant les territoires qu'ils occupent aujourd'hui -peut-être vers la fin du XIVe siècle.
Peut-être est-ce vers cette époque que les Ilalene furent désignés sous le nom d'Aït Sate Temad «Les Gens au Nombre de sept cents», en souvenir d'un recensement où leur pays comptait ce nombre d'habitants. En tout cas l'installation des Ilalene dans la région des Aït Abdallah où ils se trouvent aujourd'hui ne peut être postérieure à la fin du XIVe siècle car les anciens feuillets de leurs archives - antérieurs au XVe siècle - comprennent des fragments de pactes ayant trait au régime et à la délimitation de leurs marches-frontières. Rien n'indique si les territoires où s'installent les Ilalene après leur sortie de Tamdoult sont ou non occupés par d'autres populations mais cent cinquante ou deux cents ans après l'exode, au XIVe siècle, les Ilalene étant devenus très nombreux, ils attaquent leurs voisins Achtoukene (Chtouka) s'efforçant de les repousser vers le Nord et le Nord-Ouest. Une lutte assez longue s'engage entre Ilalene et Achtoukene, elle sera arbitrée par le santon Sidi Mohammed ou Mbark d'Aqqa (mort en 1515) qui mettra fin à leurs discordes en plantant son bâton dans le sol et en déclarant: «Ici se trouve la limite entre les Achtoukene et les Ilalene».
C'est là où s'établit le Souq el-Had des Ilalene, à la limite de Tasguedelt (Ilalene) et Aït Mzal (Achtoukene), non loin des Aït Baha.
Ainsi que nous l'avons vu, le marabout Mohammed ou Mbark d'Aqqa est un personnage historique, mort au début du XVIe siècle, ce qui semble indiquer que le conflit entre Ilalene et Achtoukene était terminé à cette époque, lorsque Léon l'Africain mentionnait la position géographique des Ilalene. Depuis lors, il ne semble pas que l'étendue de leurs territoires se soit sensiblement modifiée non plus sans doute que leur genre de vie. Sédentaires ils étaient, sédentaires ils sont restés: leurs exodes n'étaient en rien des migrations de nomades mais des transplantations que des fléaux avaient imposées à des populations sédentaires.
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