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La légende de Tamdoult Ouaqqa

Les versions qui nous sont connues de la légende de Tamdoult sont : d'une part, celle qui a été relevée par le colonel Justinard; d'autre part, celle que le lieutenant Lumale a recueillie che les Ida Oukensous. Ces deux versions concordent dans l'ensemble, leur rapprochement donne le récit qui suit.
Tamdoult était une très grande cité qui s'élevait autrefois dans le Sud du pays d'Aqqa, près de Tizounine; elle était si peuplée et si fréquentée que sept fois par jour, il fallait réparer le seuil de ses portes. Et ce n'était en tous lieux que danses mêlées à des chants, depuis le moment où le soleil paraît sur la colline jusqu'au moment où il s'en va.

A Tamdoult vivait Abd el-Ouahad ben Ali ben Aïsa, homme qui avait des biens; il passait ses jours dans un beau jardin élevé où mûrissaient de belles dattes et des grenades, mais ce malheureux n'avait pour enfants que des filles au nombre de sept. Aussi était-il sans appui, méprisé par toute la tribu dont il avait à subir l'oppression. Le mépris de la tribu se manifestait avec insolence, tant et si bien que sept jours de suite, l'une de ses filles appelée Méryem se vit enlever le repas qu'elle portait à son père occupé dans ses jardins. Voyant cela, le huitième jour, Méryem cache les mets sous une couche de son et réussit à parvenir jusqu'à lui.

Abd el-Ouahad se met alors dans une colère et s'écrie: « Suis-je donc un chien?» Ce à quoi Méryem réplique: «Père, le chien fils de chien est celui qui n'a pas de frères!» L'homme découvre alors l'infortune de son misérable sort et prononce un serment sacré : «Puisque je suis un pauvre homme aux yeux des gens de Tamdoult, je ferai fondre sur eux la ruine ! Aucune nourriture ne passera par ma gorge avant que je sache s'il faut accepter l'injustice qui s'est abattue sur mes enfants !». Abd el-Ouahad se prépare à aller demander du secours et à prendre sa revanche: il s'adressa au Cheikh Mohammed Ou Ali Amensag l'Afrani(d'Ifran), de la tribu des Mejjate, de Tizelmi. Afin d'émerveiller le cheikh, il faut poser à son cheval des fers d'argent fixés avec des clous d'or. Puis il se met en route. Après quelques jours de voyage, Abd el-Ouahad arrive chez le Cheikh Mohammed Ou Ali Amensag qui l'invite à prendre le repas du soir mais il s'y refuse en prononçant ses paroles: «Par Dieu ! j'ai juré que rien ne passera par ma gorge avant de savoir s'il faut accepter l'injustice qui pèse sur mes enfants !» Et il entreprend de décider son hôte à lui accorder son appui, faisant miroiter à ses yeux toutes les richesses que lui livrerait la prise de Tamdoult.

Ebloui par ces mirages, Mohammed Ou Ali Amensag consent à le venger et, tandis qu'Abd el-Ouahad regagne Tamdoult, il donne ses ordres, faisant ferrer les chevaux à l'envers pour surprendre la proie dont il veut s'emparer : «Allons, les forgerons ! Qu'on ferre tout à neuf, les talons des fers tournés par devant ! Allons, les bons fusils à pierre, qu'on les charge ! Les bons fusils à pierre, ce sont eux les saints marabouts avec lesquels nous faisons descendre la malédiction sur ceux qui l'attirent !».
Maintenant, Mohammed Ou Ali Amensag, qaïd d'Ifrane, est sorti. Les traces de ses chevaux semblent mener à Ifrane mais, en vérité, il se dirige vers l'Est, vers Tamdoult où il arrive un soir de fête alors que les jeunes gens et les jeunes filles dansent et chantent. Dans la ville, les filles d'Abd el-Ouahad attendent celui qui les délivrera de la honte. Déjà elles sentent l'odeur du cuir des selles et Méryem dit : «Oh mon père ! Je sens l'odeur des mors des chevaux!» Toutes sept se retirent alors de la danse et vont allumer un feu sur leur terrasse pour signaler à l'assaillant que l'heure et l'endroit sont favorable à l'attaque.

Apercevant le signal attendu, Mohammed Ou Ali Amensag et ses hommes se lancent l'assaut de Tamdoult où ils entrent par surprise: entre le crépuscule et la nuit, les gens sont anéantis. La ville est détruite, elle n'est déjà plus peuplée que de chacals. Désormais la ville est morte. Souvent encore cependant, la nuit, dans les ruines, on entend s'élever des cris et des chants comme au temps où elle était une cité de plaisirs et de fêtes.

 

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